L’air pollué cause 12 000 décès par an en Belgique

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La Belgique est le pire pays européen en termes de qualité de l’air, juste après le Monténégro. Un score qui mérite d’être nuancé, selon les chiffres de l’Agence Européenne de l’Environnement (AEE).

L’information fait presque froid dans le dos : selon un rapport publié fin janvier par les très prestigieuses universités américaines de Yale et Columbia, la Belgique est le pire pays européen en termes de qualité de l’air après le Monténégro. Ce classement mondial baptisé « Environmental Performance Index » (EPI) a évalué et comparé l’efficacité des politiques environnementales selon seize critères (pollution intérieure, surpêche, consommation d’eau, etc.). Il estime que la moitié de la population mondiale respire un air jugé nocif pour la santé. Et la situation serait donc particulièrement grave en Belgique.

Les particules fines : ennemi public n°1

« La pollution de l’air est un problème planétaire« , rappellent les auteurs du rapport EPI. Une fois de plus, leur évaluation met l’accent sur les particules fines, composant polluant jugé le plus nocif pour la santé et présent dans la majorité des grandes villes européennes. Sans surprise, Bruxelles fait partie des mauvais élèves avec une concentration moyenne annuelle en particules fines de 15µg/m3. Même si elle parvient à respecter la norme européenne (fixée à 25µg/m3), elle dépasse néanmoins la norme imposée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) fixée à 10µg/m3. «  Bien qu’il s’agisse d’une estimation moyenne, on constate une augmentation de 6,2 % de décès prématurés lors d’une concentration en particules fines de 10mg/m3« , indique le professeur Alfred Bernard, toxicologue à l’UCL.

Jugées cancérigènes depuis juin 2012 par le Centre International de recherche sur le cancer (CIRC), les particules fines seraient responsables de nombreuses maladies, essentiellement cardiovasculaires et respiratoires, telles que la pneumonie, le cancer du poumon ou l’accident vasculaire cérébral. « Nous ne sommes pas surpris par le faible score de la Belgique sur le classement EPI. Nos propres chiffres recensent environ 12 000 décès prématurés par an en Belgique et 400 000 en Europe« , commente Hans Bruyninckx, directeur de l’Agence Européenne de l’Environnement (AEE).

Une voiture pour deux habitants

Forte concentration de la population, activité industrielle importante, densité du réseau routier; les sources d’émission de ces particules mortelles sont nombreuses. « Les particules fines sont un problème typiquement européen, son parc automobile étant constitué pour 60 % de moteurs diesel. En Belgique, c’est une voiture pour deux habitants« , explique le professeur Bernard. Sur le banc des accusés, le diesel répond encore à l’appel. Avec huit milliards de litres de gazole consommés par an et plus de trois millions de véhicules diesel en circulation, la Belgique fait partie des plus gros consommateurs européens. A partir des années 70-80, le parc automobile de l’Europe se « diesélise » grâce à une promotion glorifiante du gazole. « On a promu le diesel pour plusieurs raisons : sa moindre taxation par rapport à l’essence, ses moteurs plus performants et sa faible émission de CO2 « , rappelle Jean-Louis Nizet, secrétaire général de la Fédération pétrolière belge (FPB).

Dans la course à la réduction des émissions de CO2, les politiques de l’époque ont créé auprès des consommateurs une véritable passion pour le diesel. Mais à partir des années 2000, le carburant devenu roi devient rapidement la cause de tous les problèmes. « Dans la lutte contre le réchauffement climatique, diminuer notre consommation de pétrole et d’énergies fossiles est devenu primordial. Le diesel est donc devenu quelque chose à bannir absolument« , ajoute Jean-Louis Nizet.

Stigmatisé, le diesel ?

S’il est certain que les pots d’échappement polluent notre atmosphère, certains s’insurgent contre l’omission d’autres facteurs tout aussi responsables. Pour le Pr. Bernard, la pollution résulte de deux autres sources importantes : l’industrie et le chauffage domestique. «  Il est important de rappeler que les particules fines ne viennent pas uniquement des moteurs diesel. Tout le monde attaque le transport alors que le chauffage domestique et les combustibles fossiles ont également leur part de responsabilité « , précise-t-il. Le dernier rapport de l’AEE confirme que le secteur du transport ne représente « que » 13 à 15 % des émissions de particules fines.« Aujourd’hui, les technologies existent pour que les moteurs diesel puissent respecter les normes d’émissions. Il faut simplement laisser le temps au parc automobile européen de se renouveler », ajoute Jean-Louis Nizet. Tandis que les normes européennes anti-pollution imposées au secteur de l’automobile se durcissent d’année en année, ça ne fait plus de doute : le diesel émet de moins en moins de particules fines.

Mesures strictes, moteurs plus propres

En 2009, la norme Euro 5 imposait déjà l’application de filtres à particules (FAP) sur les nouveaux moteurs diesel afin d’en limiter les émissions. Fin 2011, le gouvernement belge stoppe les incitants sur le gazole et lui fixe une taxation plus importante via un système d’accises. L’objectif : faire en sorte et de manière progressive que les prix de l’essence et du diesel s’égalisent d’ici à 2018. Enfin, la norme Euro 6 de 2014 donne naissance au dit « diesel propre » : de plus en plus contrôlé, de moins en moins polluant. Des progrès dont l’industrie automobile ne manque pas de se vanter.

Des efforts encore nécessaires

Malgré des mesures strictes et une réduction notable des émissions de particules, le débat reste vif pour les acteurs de l’environnement. Bien que plus « propres », les moteurs diesel restent très polluants en dioxyde de carbone (NO2). « La politique du diesel a faiblement évolué depuis les vingt dernières années. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir afin d’inverser la tendance actuelle », déclare Hans Bruyninckx de l’AEE. « Des efforts sont encore nécessaires pour conforter et assurer le respect des normes européennes relatives aux concentrations de particules fines et de dioxyde d’azote », indique, pour sa part, la ministre bruxelloise de l’Environnement Céline Fremault (CDH). « L’amélioration de la qualité de l’air est un enjeu essentiel pour la santé des Belges », conclut-elle.

L’approche américaine contestée

Les données du rapport américain « Environmental Performance Index 2016 » (EPI) diffèrent de celles récoltées par l’Agence européenne de l’Environnement (AEE). Le score médiocre de la Belgique nécessite donc d’être nuancé aux yeux de la ministre bruxelloise de l’Environnement, Céline Fremault (CDH).

Données satellites versus données au sol

Basé sur une moyenne spatiale pondérée par la population, le classement mondial EPI est calculé sur base de mesures satellites de particules fines. Toutefois, ces données américaines ne reprennent pas les mesures au sol, elles-mêmes utilisées par l’Agence européenne de l’Environnement. « Si l’on se base sur les résultats de l’AEE, un calcul similaire de moyenne pondérée par la population permet de constater que la Belgique n’est non pas avant-dernière, mais bien dans la moyenne européenne« , déclare Céline Fremault. Si les données au sol, calculées via stations de mesures, ont été imposées par la législation européenne, leur fiabilité est cependant discutée. « La mesure via satellite est évidemment plus fiable. Les stations de mesures qui coûtent cher et qui sont donc limitées ne donnent pas une vue d’ensemble. Elles ne mesurent que les bruits de fond « , souligne le Pr Bernard, toxicologue à l’UCL.

Afin d’obtenir des données plus représentatives, la solution serait de combiner ces deux techniques de mesure. « La mesure via satellite est une technique récente dans laquelle nous souhaitons et commençons à investir. Mais on ne peut pas tout mesurer par satellite, c’est pourquoi il est important d’avoir des stations positionnées sur le territoire« , ajoute Hans Bruyninckx, directeur de l’AEE.

La politique du « ranking »

Dans la « moyenne européenne« , la Belgique demeure néanmoins dans la seconde moitié du classement avec un taux de concentration en particules fines qui reste élevé, surtout à Bruxelles. La mission d’un tel rapport est claire : « Signaler aux politiques dans quels secteurs spécifiques les performances environnementales doivent être améliorées. » La politique du « ranking » qu’ils utilisent vise ainsi à motiver les changements politiques et à capter l’attention générale. « Même si, à l’AEE, nous n’aimons vraiment pas ce système de classement, ce rapport constitue un véritable avertissement qu’il ne faut pas prendre à la légère », indique Hans Bruyninckx. Mais la ministre bruxelloise de l’Environnement se veut rassurante : « La qualité de l’air belge s’améliore sur le long terme. L’exposition des Bruxellois à certains polluants a déjà pu être réduite, permettant ainsi de respecter les normes européennes en termes d’émissions et de concentration pour la majorité des polluants », assure-t-elle.

J.C. (st.)

Source : LA LIBRE.BE ( 21 février 2016)

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