Un procès pour comprendre comment Alison a pu mourir happée par une machine à Clarebout

Le 11 avril 2016, on retrouvait Alison Engrand morte sur son lieu de travail, l’usine Clarebout Potatoes de Neuve-Église en Belgique. Après des mois d’enquête, un procès va s’ouvrir en juin. La famille mervilloise s’est constitué partie civile. Un an après, l’ex-compagnon, Sébastien Guille, témoigne.

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1 Ce jour-là

À peine un an avant sa mort, Alison Engrand avait passé le permis de conduire et depuis, elle «  travaillait à droite, à gauche, elle prenait tout, raconte Sébastien Guille. C’était une battante, elle voulait une belle petite famille  ».

On lui avait parlé de Clarebout. De l’intérim. Ce samedi-là, c’était seulement son quatrième jour de travail là-bas. «  D’après ce qu’elle m’avait dit, elle devait trier des choses dans les frites congelées qui passaient sur un tapis roulant  », rapporte son ancien compagnon. Ce samedi-là, elle finissait à 18 h. «  Je l’ai appelé à 18 h 05, raconte Sébastien Guille. Puis à 15 puis à 20. On était comme ça. Et à sept heures moins le quart, on a toqué à ma porte. C’était un Mervillois dont la femme travaille à Clarebout. Il m’a dit : Bastien, tu t’assois. Après… C’est un cauchemar.  »

2 Alison

Elle est de celles qui ont été cabossées par la vie. Élevée par un oncle et une tante puis placée dans de multiples foyers. Elle atterrit à Merville et y rencontre Sébastien Guille, à 16 ans. «  Elle m’a impressionnée cette fille, livre aujourd’hui le Mervillois. C’est elle qui s’est débrouillée pour tout. Pour avoir des apparts. Même avec les enfants, elle faisait tout. Elle avait 18 ans quand elle a accouché. Elle s’est faite elle-même.  » Jusqu’à ce jour où tout s’est arrêté sur une machine de Clarebout. «  Elle avait 29 ans et des projets par-dessus la tête, c’est pour ça que je suis dégoûté.  »

3 Le procès

À l’époque des faits, la famille disait ne pas souhaiter porter plainte. Clarebout a pris en charge l’enterrement. «  Ils m’ont appelé plusieurs fois  », glisse Sébastien Guille.

Mais depuis, une enquête a été ouverte et transmise au procureur du Roi. L’ex-compagnon s’est rapproché d’un avocat mervillois (lire ci-contre) et a pu appeler les enquêteurs. «  Ils ont répondu à mes questions. Ils m’ont dit qu’il y avait des choses qui n’allaient pas : elle travaillait toute seule, il n’y avait pas de bouton d’arrêt…  »

Aujourd’hui, le Mervillois de 38 ans est plus déterminé que jamais à faire la lumière sur les faits  : «  Je voudrais savoir comment ça s’est passé. Ça vaut le coup de le faire. En espérant que ça serve (…). Et puis je voudrais qu’il (le patron de Clarebout, ndlr) comprenne qu’on n’est pas des chiens.  »

4 Les circonstances de la mort

Deux mois après la mort de sa compagne, Sébastien Guille a demandé à aller à Clarebout voir les lieux. On lui a dit qu’on avait trouvé Alison près de quatre mètres plus loin de l’endroit où elle travaillait, coincée entre deux machines. On lui a dit que les tapis tournaient encore quand un salarié est arrivé. On lui a dit qu’à leur arrivée, les secours n’avaient rien pu faire. Mais on ne lui a pas dit combien de temps elle était restée là. Ni ce qu’il s’est vraiment passé. «  À Clarebout, on m’a dit : «Si on pouvait vous répondre, on vous le dirait mais on ne comprend pas»  », indique Sébastien Guille.

Alison aurait été entraînée par un habit sur le tapis roulant, peut-être par une manche (à l’époque, on avait aussi parlé d’une écharpe). « On a dit que c’était à cause de son écharpe. Ça m’a fait mal. C’était son quatrième jour, si elle ne devait pas porter d’écharpe, on aurait dû lui dire (…). Je n’arrête pas d’imaginer la scène. Tous les jours, même la nuit, je me demande comment elle a pu faire, comment elle a pu être entraînée, pourquoi elle ne s’est pas débattue… J’espère qu’elle est partie au plus vite, qu’elle n’a pas paniqué.  »

5 La vie depuis

Alison avait deux enfants : Camille, aujourd’hui 12 ans et Baptiste, 8 ans. «  Parfois mon fils a les larmes qui coulent. J’ai l’impression qu’il croit que la mort, ça dure qu’un temps. Il me dit : «Je vais la revoir au moins une fois dans ma vie, maman ?» Ma fille, elle fait ça discrètement, elle a tendance à vouloir me protéger.  »

Sébastien Guille, lui, est sujet aux crises d’angoisses : «  Je prends des cachets, heureusement. Il m’a gâché ma vie quand même. Alors je ne vais rien lâcher. Je sais qu’Alison n’aurait pas lâché l’affaire, c’est mon devoir.  »

Un procès opposera Clarebout Potatoes à la famille, en juin

C’est quelques semaines après le décès de sa compagne que Sébastien Guille s’est rapproché d’un avocat mervillois, Yves De Coninck. Mais la famille d’Alison Engrand est aussi assistée d’une avocate belge dans une audience, qui se tiendra vraisemblablement à Ypres (B) et qui se déroulera en flamand.

«  Sinon, le système judiciaire est assez similaire que le français, explique Me Yves De Coninck. Une enquête préliminaire a été faite. Puis le dossier a été remis au procureur du Roi. Il existe un parquet, comme en France, sauf qu’on l’appelle le parquet du roi en Belgique.  »

L’avocat se dit assez étonné, positivement, de la rapidité avec laquelle l’affaire a été traitée. Lui se dit persuadé qu’il y a eu des défaillances de la part de Clarebout. «  Personnellement, j’espère qu’on va aller jusqu’à une condamnation pénale. Pour essayer que cela ne se reproduise plus. D’ailleurs la famille, ne demande rien, on n’est pas dans une question d’indemnisation, on est dans la recherche de la vérité.  »

Contactée, l’avocate belge de la famille n’a pas souhaité commenter le dossier.

« On verra ce qu’il se dira »

Contactée, la direction du groupe Clarebout a indiqué ne pas vouloir commenter l’affaire en attendant la tenue du procès «  pour garder de la sérénité et laisser les choses se dérouler (…). On verra ce qu’il se dira  ».

Rappelons que le site de Neuve-Église – Clarebout est une entreprise spécialisée dans la production de pommes de terre – emploie près de 200 salariés dont une grande majorité de Français qui passent la frontière chaque jour.

Une équipe de conseillers en prévention

En septembre 2015, un énorme incendie avait ravagé une partie de l’usine. En avril, date du terrible accident qui a vu la mort d’Alison Engrand, la production venait tout juste de reprendre sur la deuxième ligne, après des travaux.

Après le drame, la société Clarebout s’était défendue dans nos colonnes, par la voix de son porte-parole : «  Nous avons une équipe de conseillers en prévention. Nous sommes contrôlés régulièrement (…). Ce sont des choses qui peuvent toujours arriver dans de grandes sociétés, il y a toujours des risques. Mais c’est évident qu’on est en train de regarder comment cela a pu se produire et qu’on va chercher des améliorations (…) Une formation et des instructions de sécurité sont données… Mais cela n’a pas empêché le drame.  »

Source : La Voix du Nord – 25/04/2017

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