Canal Seine Nord: L’État s’en lave les mains

Par PHILIPPE FLUCKIGER

En cédant face aux collectivités territoriales emmenées par Xavier Bertrand, l’État remet définitivement les clés du projet. Mais aussi les risques qui vont avec…

Dans l’euphorie de la visite présidentielle, la nouvelle serait presque passée inaperçu. Mais hier, les Hauts-de-France se sont réveillés entre deux eaux. L’État ne mettra plus un centime dans le canal Seine-Nord, bien qu’il se soit engagé à hauteur d’un milliard d’euros.

Un changement majeur acté par la lettre adressée mardi par le Premier ministre aux collectivités territoriales concernées. Le milliard en question ne proviendra pas de crédits d’État, les caisses étant vides, mais reposera sur une taxe affectée. La même qui devait déjà financer les 760 M€ d’emprunt que les collectivités ont accepté de cautionner ? Si on y ajoute le fait que ce sont bien les collectivités territoriales qui régleront les deux premières annuités, cette nouvelle donne acte bel et bien une forme de désengagement de l’État. D’autant que le gouvernement a aussi accepté de laisser les collectivités prendre la main dans la société de projet qui portera le dossier. Xavier Bertrand a été élu président du conseil de surveillance de la société, à l’heure où Emmanuel Macron rencontrait les salariés de Whirlpool. En résumé, l’État vient de dire aux Hauts-de-France : « Vous voulez votre canal ? Débrouillez-vous avec ! »

Faut-Il s’en réjouir ?

 On pourrait s’en réjouir, à l’image de Xavier Bertrand, qui sort apparemment vainqueur du bras de fer engagé avec l’État. Mais il y a le revers de la médaille : désormais, la totalité des responsabilités mais aussi des risques repose sur les collectivités territoriales.

Et ils existent. Nul ne sait en effet quel sera le trafic sur le canal, a fortiori dans un schéma où, en l’absence de taxe poids lourds – un concept que refuse catégoriquement Xavier Bertrand qui veut développer la logistique dans la région – on est en droit de s’interroger sur le report modal entre la route et la voie d’eau. 500 000 camions en moins sur l’A1 grâce au canal chaque année ? À voir. Surtout quand les schémas de l’activité économique reposent aujourd’hui sur le « zéro stock » et le juste à temps. Pas vraiment le filon de la voie d’eau. Se pose donc la question de la rentabilité de l’ouvrage.

L’autre inconnue réside dans les coûts de l’ouvrage. 500 M € ont été provisionnés pour les aléas de chantier. Xavier Bertrand est convaincu que c’est trop. Le hic, c’est qu’on n’a pas creusé de canal en France depuis deux siècles et que nul ne sait combien il coûtera réellement. Jamais on n’a vu un chantier, surtout de cette ampleur, coûter moins cher que prévu. L’inverse a toujours été la règle.

On l’aura compris : la nouvelle donne actée mardi par le gouvernement pourrait très vite se transformer en cadeau empoisonné pour les collectivités. Et on commence à comprendre pourquoi Emmanuel Macron a soigneusement laissé à ses ministres le soin de l’annoncer.

Source : LE COURRIER PICARD – 4 octobre 2017

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