Le mystère des 180 000 tracteurs en circulation en pleine crise

par Catherine ERNENS

Entre 2012 et 2013, le nombre d’immatriculations de tracteurs en Wallonie a… triplé! Au total, 180 000 tracteurs sont sur nos routes! Comment expliquer ce nombre spectaculaire?

d81587e2-4f75-11e6-b14f-0d625b39d29f_web__scale_0-1088159_0-1088159__

En pleine crise agricole, le nombre de tracteurs a augmenté de manière spectaculaire. Nous vous en faisions part dans notre supplément consacré à l’agriculture, aux femmes et à l’innovation. Entre 2012 et 2013, le nombre d’immatriculations de tracteurs en Wallonie a… triplé! On répertorie, par ailleurs, 69 000 tracteurs en plus sur nos routes en 30 ans. Au total, 180 000 tracteurs sont sur nos routes! Comment expliquer ce nombre spectaculaire? Cinq réalités se cachent en réalité derrière ces statistiques.

1. Pour le plaisir ou en souvenir
90 000 tracteurs (la moitié de ceux répertoriés) n’appartiennent en fait pas à des agriculteurs . «Un tas de gens gardent chez eux un vieux tracteur de 20, 30, 40 ou même 50 ans d’âge. Pour bricoler, se faire plaisir ou en souvenir d’un grand-père. Souvent ces tracteurs ne vont presque pas dans la circulation », explique Bernard Kersten. Des particuliers possèdent ainsi un tracteur (souvent relativement âgé) pour entretenir leur petite parcelle de prairie ou débarder un peu de bois de chauffage

2. Des engins très hétéroclites
Par ailleurs, un certain nombre de véhicules sont immatriculés sous le genre «tracteur agricole » ne correspondent guère à l’idée qu’on se fait d’un tracteur agricole. C’est notamment le cas de certains chargeurs télescopiques qui sont parfois immatriculés sous le genre tracteur agricole. Mais c’est aussi le cas de certains quads. «Voici plusieurs années que des marques comme Yamaha, Kawasaki etc, figurent en bonne place dans le classement pas marque des immatriculations de tracteurs agricoles neufs aux côtés de New Holland, John Deere ou Massey Ferguson », précise Bernard Kersten.

3. Pour des travaux sur des chantiers
Nombre de tracteurs sont aujourd’hui affectés à des travaux de transport et de terrassement. Ceux-là, on les rencontre effectivement de plus en plus sur nos routes. «Depuis 15 ans peut être des agriculteurs ou entrepreneurs agricoles ont vu là une possibilité de diversifier leurs activités. Ils proposent leurs services sur des chantiers. Un tracteur est plus tout terrain qu’un camion et il se déplace plus facilement sur les routes que les engins de travaux », note Bernard Kersten. Problème: les tracteurs (du moins agricoles) sont exonérés des accises sur leur carburant. Cela a entraîné des récriminations pour concurrence déloyale. Et un système de plaques rouges ou blanches a été mis en place, en 2013.

4. À cause d’un imbroglio d’immatriculations
2 013 correspond donc à l’entrée en vigueur des fameuses plaques G, ces plaques rouges permettant de distinguer les tracteurs utilisés professionnellement en agriculture. Ces nouvelles plaques, à visée essentiellement fiscale (accises) ont contraint les agriculteurs à réimmatriculer tous leurs tracteurs. Cela a fait exploser les statistiques. Mais ça n’a aucun rapport avec une quelconque évolution de l’équipement agricole.

Par contre… «les autorités quand elles ont sorti la taxe kilométrique avaient oublié que la moitié des tracteurs en Wallonie sont utilisés par des particuliers. Des personnes qui, tout d’un coup, tombaient sur une nouvelle loi qui les obligeait à s’équiper d’un boîtier et à se faire contrôler. Car si les agriculteurs avaient été exonérés de ces démarches, eux ne l’avaient pas été », détaille Bernard Kersten.

Depuis deux ans, les tracteurs agricoles ont en principe une plaque rouge commençant par la lettre «G ». La plaque rouge donne droit à du mazout rouge exonéré d’accises. La plaque blanche du mazout blanc (taxé). «Mais aujourd’hui certains tracteurs roulent avec des plaques rouges et du mazout blanc et inversement. Ça a été mal conçu. Le législateur a créé des exceptions pour rattraper ses oublis. Mais c’est devenu une réglementation trop compliquée », constate Bernard Kersten.

5. Une mévente des tracteurs de compétition
On n’a enregistré aucune augmentation significative de l’immatriculation de tracteurs agricoles neufs. Au contraire, dès 2015 – et tout porte à croire que ce phénomène sera encore amplifié en 2016 – on assiste à un recul sensible des ventes de tracteurs neufs. Il ne faut pas en chercher la cause très loin: la mévente est évidemment liée aux difficultés que traverse actuellement le secteur agricole.

Les tracteurs du 21e siècle sont des bêtes de compétition juchées sur d’énormes roues . À la foire de Libramont ce week-end, les agriculteurs viendront les admirer, les caresser, les découvrir. Mais généralement, ils ne les achèteront pas et certainement pas sur un coup de tête. Certains agriculteurs ne viendront même pas du tout, pour éviter de «se faire mal », tout simplement parce que ces véhicules extraordinaires sont hors de prix pour eux.

Un tracteur se vend aujourd’hui entre 36 000 euros (pour un petit) et plus de 100 000 euros (pour un qui est équipé full options de haute technologie). Autant dire qu’avec la crise que traverse l’agriculture, c’est souvent totalement hors de prix. Bernard Kersten, conseiller à la FWA (Fédération wallonne de l’agriculture) met en avant «l’augmentation de la puissance, la complexité de la transmission – d’un point de vue technologique, la boîte à vitesses d’un tracteur agricole n’a rien à envier à une formule 1! -, mais surtout l’électronique embarquée ». Il est convaincu que «le citoyen lambda (y compris le propriétaire d’un “ vieux ” tracteur) n’imagine pas un seul instant le niveau que l’on peut atteindre », explique-t-il.

ed2b2224-4f73-11e6-b14f-0d625b39d29f_web__scale_0-4849499_0-4849499__

Source : L’AVENIR – 21 juillet 2016

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s