Les impacts environnementaux du gaspillage alimentaire

Analyse par Claire Brandeleer

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Outre ses implications éthiques, sociales et économiques, le gaspillage alimentaire a également son «empreinte écologique». Partant des constats dressés par la FAO (l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) dans son rapport «Food Wastage Footprint : Impacts on Natural Resources» sorti en septembre 2013, l’analyse présente des pistes d’action concrètes pour lutter contre ce problème. 

En septembre 2013, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, Food and Agriculture Organisation) a publié un rapport sur les impacts environnementaux du gaspillage alimentaire : « Food Wastage Footprint : Impacts on Natural Resources ». On y pense moins, mais outre leurs impacts en termes de coûts économiques (qui représentent une perte de l’ordre de 750 milliards de dollars par an), les pertes et les gaspillages alimentaires ont également leur «empreinte écologique».

Quelques constats du rapport de la FAO

Pour commencer, trois données permettent de saisir l’ampleur de la problématique. La FAO estime que la quantité de nourriture produite mais non consommée représente 1,3 milliard de tonnes chaque année. Nous ne pouvons que joindre notre voix à celle de José Graziano da Silva, le directeur général de la FAO quand il déclare que «nous ne pouvons tout simplement pas permettre qu’un tiers de toute la nourriture que nous produisons soit gaspillé ou perdu à cause de pratiques inadéquates lorsque 870 millions d’êtres humains sont affamés chaque jour».

Venons-en aux impacts environnementaux. L’organisation onusienne met bien en lumière que les pertes et le gaspillage alimentaires «portent aussi un grave préjudice aux ressources naturelles dont l’humanité dépend pour se nourrir». En effet, non seulement les impacts sont colossaux pour le climat (avec le rejet dans l’atmosphère de 3,3 gigatonnes de gaz à effet de serre), mais également en termes de biodiversité, d’utilisation vaine des terres (1,4 milliard d’hectares, soit près de 30% des terres arables au niveau mondial) et de quantité d’eau requise («la nourriture produite sans être consommée engloutit un volume d’eau équivalant au débit annuel du fleuve Volga en Russie», c’est-à-dire 250 km³, ou encore trois fois le volume du lac Léman !).

Une précision de vocabulaire : le rapport distingue les pertes alimentaires et le gaspillagealimentaire. Les premières sont involontaires et essentiellement dues à des problèmes d’infrastructures, de logistique, de technologies, de compétences, etc. (par exemple la nourriture non récoltée ou endommagée lors du stockage ou du transport), tandis que le second concerne des aliments comestibles jetés intentionnellement.

On voit donc que la non-consommation de nourriture produite concerne tous les maillons de la chaîne alimentaire : à un niveau mondial, 54% des pertes se passent en amont, c’est-à-dire aux stades de la production, de la manutention et du stockage, et les 46% restant se passent en aval, c’est-à-dire aux phases de la transformation, de la distribution et de la consommation. On peut s’en douter : les pertes ou gaspillages alimentaires ayant lieu en fin de chaîne alimentaire ont un impact environnemental plus grand qu’en début de chaîne (en raison du coût environnemental du transport, du stockage, de la transformation, etc.). Le rapport note également que les gaspillages ayant lieu en toute fin de chaîne (vente au détail et stade de la consommation) sont bien plus élevés dans les régions à revenus moyens ou élevés (31 à 39% des pertes et gaspillages totaux) que dans les régions à revenus faibles (4 à 16% du total).

Le rapport précise la méthodologie utilisée pour arriver à son ensemble de données détaillées, réparties en fonction des régions mais aussi du type d’aliments et du stade de la chaîne alimentaire. Cela permet à la FAO de poser des priorités en termes d’actions à mener pour améliorer la sécurité alimentaire mondiale et diminuer les coûts environnementaux.

Dans un guide accompagnant son rapport, la FAO s’adresse aux gouvernements, aux agriculteurs, aux industries de l’agro-alimentaire et aux consommateurs pour explorer les actions à privilégier pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Trois voies sont présentées et déclinées en propositions concrètes. Par ordre de priorité, la FAO préconise de :
1. réduire les pertes et le gaspillage alimentaires (via des campagnes de sensibilisation à destination de toutes les parties prenantes, en favorisant une meilleure communication tout au long de la chaîne alimentaire pour mieux faire correspondre l’offre et la demande, etc.),
2. réutiliser la nourriture (dons d’aliments propres à la consommation humaine, utilisation des aliments non propres à la consommation humaine comme nourriture animale), et
3. recycler et récupérer (compostage, incinération avec récupération d’énergie, etc.). Le guide est ponctué de dizaines de présentations de cas de « bonnes pratiques » (initiatives de terrain, campagnes, actions publiques, mesures législatives, etc.) repérées de par le monde.

Et en Belgique ?

Qu’en est-il en Belgique ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au stade de la consommation, un Belge jette en moyenne 15 à 20 kg de nourriture par an. En termes de pertes économiques, cela représente environ 174€ par ménage par an. Lutter contre le gaspillage alimentaire est donc rentable du point de vue économique. Une étude du CRIOC[5] met en avant deux autres données mesurant les pertes et le gaspillage alimentaires sur l’ensemble de la production alimentaire (et non pas uniquement au stade de la consommation finale), pour l’ensemble de la population européenne : une première étude conclut à un total de 280kg par personne par an. Une autre étude, commanditée par la Commission européenne, conclut à un total de 179kg par tête, sans inclure le secteur agricole. (Le manque d’harmonisation dans la manière d’enregistrer les pertes alimentaires explique les différences des données).

Que faire concrètement ?

Au niveau des ménages ou des groupes et communautés locales (écoles, etc.)

Le guide de la FAO, entre autres idées, propose aux ménages de faire un « audit » de leur gaspillage alimentaire : pendant une période déterminée, mesurer d’une manière ou d’une autre les aliments jetés (quantité/poids et type d’aliments jetés), évaluer la situation à la fin de l’ «audit» et adapter ses comportements d’achat en fonction des résultats. Cela peut se faire au niveau d’un ménage bien sûr, mais également au niveau d’une école, par exemple. Le guide de la FAO met en lumière l’exemple d’un concours de réduction du gaspillage alimentaire dans lequel s’étaient engagées quatorze écoles d’une municipalité britannique. L’expérience montre que les effets positifs sont permanents : les habitudes et les attitudes changent et la réduction du gaspillage se pérennise. Ce qui est également intéressant dans l’expérience, c’est que cela a été traduit au niveau politique : deux fois par an, toutes les écoles doivent faire un audit du gaspillage alimentaire au sein de leur cantine.

Un problème souvent constaté est la mauvaise compréhension des indications concernant les dates de péremption et les dates limites de consommation. S’informer à ce sujet peut aider :

«A consommer de préférence avant le…» précise la limite d’utilisation optimale. Un produit dont la date d’utilisation optimale a été dépassée ne présente normalement pas de danger mais certaines propriétés telles que le goût, la couleur et la texture peuvent avoir été altérées (blanchissement du chocolat, ramollissement des biscuits,…). Ce sont par exemple des denrées alimentaires séchées, les conserves, les produits à teneur élevée en sucre, les denrées alimentaires fortement acides, le lait UHT,… Elles peuvent être conservées à température ambiante et demeurent souvent comestibles après leur date de péremption.

«A consommer jusqu’au…» précise la date limite de consommation. Cette inscription se trouve sur les denrées hautement périssables d’un point de vue microbiologique. Ceci implique qu’un produit dont la date limite de consommation est expirée peut présenter un risque pour la santé. Ce sont principalement des produits frais devant être conservés au frigo. Ces produits sont par exemple la viande fraîche, le poisson, le poulet, le lait pasteurisé, les légumes prédécoupés, les repas préparés, les salades prêtes à l’emploi…

Lire la suite de l’article : http://www.centreavec.be/site/les-impacts-environnementaux-du-gaspillage-alimentaire

Source : CENTREAVEC.BE – Mai 2014

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