Pollution sonore : les oiseaux ne s’entendent plus chanter

Par Frédéric Mouchon

C’est une des conséquences inattendues du bruit : le chant des oiseaux s’en trouve modifié avec un impact, notamment, sur leur reproduction.

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Lorsque vous ouvrez vos fenêtres chaque matin sur les bruits de la ville, adieu l’esprit champêtre. Le son strident des klaxons, le murmure de la circulation ou le vrombissement des usines ont tendance à masquer le gazouillis des oiseaux. Si votre âme de rat des champs en souffre, ce n’est rien à côté de ce que doivent subir les oiseaux victimes de cette pollution sonore. D’après une étude que vient de dévoiler l’Académie nationale des sciences américaine, certains volatiles sont tellement stressés par les bruits ambiants que cela influe sur leur reproduction et modifie leur façon de chanter !

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont suivi à la loupe le comportement de trois espèces d’oiseaux qui avaient élu domicile non loin d’un site de production de pétrole et de gaz. Deux cent quarante nichoirs ont été étudiés. Les scientifiques ont constaté des taux d’éclosion réduits. Les analyses de sang réalisées sur les femelles ont montré qu’elles étaient beaucoup plus stressées : les sons des prédateurs approchant du nid étant étouffés par le bruit des machines, les oiseaux devaient rester en état constant de vigilance.

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Des oisillons plus petits et moins plumés

L’observation des oisillons et des poussins a par ailleurs montré qu’ils naissaient plus petits et moins plumés. «Quand le bruit extérieur est vraiment fort, les oiseaux ne peuvent pas entendre un chat ou un serpent arriver, explique Nathan Kleist, l’un des auteurs joint aux Etats-Unis. Pour se prémunir d’un danger, on a constaté que certains volatiles étaient du coup obligés de chanter plus fort, ce qui modifie leur mélodie et les rend du coup moins désirables.»

C’est que le chant des oiseaux est un élément essentiel à leur reproduction. «Chanter leur permet de marquer leur territoire et cela participe à la séduction», explique le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Allain Bougrain-Dubourg. Des expérimentations menées sur des batraciens ont montré dans le passé combien ces nuisances peuvent avoir un impact négatif sur les animaux. «Les perturbations sonores ont par exemple tendance à provoquer chez les rainettes une déficience immunitaire qui affecte leur coloration, détaille Allain Bougrain-Dubourg. Or, pendant la période de reproduction, plus la couleur est vive, plus le mâle a tendance à être séduisant.»

De précédentes recherches ont montré que certains oiseaux préféraient carrément quitter une zone trop bruyante plutôt que de supporter un remue-ménage incompatible avec leur bien-être. Pour le chercheur américain Nathan Kleist, «c’est sans doute ce qui explique qu’il y ait aujourd’hui une diversité d’oiseaux bien moindre en ville» qu’à la campagne, où la pollution sonore est limitée et où les oiseaux peuvent chanter à tue-tête.

Et maintenant, comptez-les !

Vous avez une heure aujourd’hui ? Eh bien, voilà de quoi l’occuper (et d’agir pour la protection de la nature). Pour la sixième année consécutive, vous êtes invités par la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) et le Muséum national d’histoire naturelle à compter les oiseaux de votre jardin. Mais, pas nécessaire d’en posséder un pour participer ! Tous les espaces verts, à la ville comme à la campagne, sont possibles : votre balcon, votre terrasse, un square, une partie précise d’un grand parc public. Ce qui est impératif, en revanche, c’est de faire l’exercice pendant 60 minutes (le mieux en fin de matinée ou en début d’après-midi, là où la température est un peu plus chaude), et surtout de ne comptabiliser que les volatiles qui se posent et non pas ceux qui vont juste survoler votre «zone». Vos données, qui permettront d’évaluer l’état des populations d’oiseaux de proximité, sont ensuite à transmettre sur le site www.oiseauxdesjardins.fr (à noter qu’une fiche d’aide est aussi à votre disposition).

Source : LE PARISIEN – 28 janvier 2018

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