Néonicotinoïdes : l’Europe cesse de jouer à la roulette ruche

Par Coralie Schaub

Les Etats membres ont voté vendredi une proposition de la Commission visant à interdire les trois principaux pesticides néonicotinoïdes sur toutes les cultures en plein champ.

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Manifestation devant la Commission européenne à Bruxelles, vendredi. Photo Emmanuel Dunand. AFP

C’est un vote historique. Et une énorme surprise. Vendredi, l’Europe a dit «non» aux trois principaux pesticides néonicotinoïdes dits «tueurs d’abeilles». Ces insecticides au nom si imprononçable qu’ils sont surnommés «néonics» ont été commercialisés dans les années 90 pour les grandes cultures, les céréales, les légumes mais aussi les fruits, et sont devenus les plus vendus au monde. A tel point qu’ils sont omniprésents dans l’eau, l’air, le sol, les plantes, jusqu’au contenu de nos assiettes et nos verres. Neurotoxiques, ils agissent sur le système nerveux central des insectes, provoquant une paralysie mortelle. Résultat, ils massacrent les «nuisibles» qu’ils visent, mais aussi les pollinisateurs (ils sont jusqu’à 10 000 fois plus toxiques pour les abeilles que le très décrié DDT), la faune du sol, de l’air et des rivières. Vers de terre, batraciens ou oiseaux, nul n’y échappe, directement ou indirectement. Pas même l’homme. Plusieurs études ont établi un lien entre ces pesticides et les maladies du spectre autistique, les malformations cardiaques… Ils sont aussi perturbateurs endocriniens, cancérigènes, et ont des effets sur la thyroïde, le foie et les testicules.

Un vote crucial

C’est dire si le vote de ce vendredi était crucial. Il s’agissait, pour les vingt-huit Etats de l’UE, de décider du sort de trois néonics, la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, déjà soumis depuis 2013 à un moratoire partiel s’appliquant aux cultures qui attirent les abeilles (comme le maïs, le colza oléagineux ou le tournesol). La Commission européenne défendait l’élargissement de cette interdiction à toutes les cultures en plein champ, sur la base de l’avis scientifique de l’Agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa) – pourtant réputée plutôt proche des lobbies de l’agrochimie –, qui avait confirmé en février la dangerosité de ces substances.

Contre toute attente, lors d’un comité technique à huis clos vendredi matin, cette interdiction a été votée par une majorité qualifiée d’Etats membres (il fallait au moins 55% des Etats représentant au moins 65% de la population totale de l’UE). Celle-ci entrera en vigueur vingt jours après sa publication au Journal officiel de l’UE, et s’appliquera à tous les usages extérieurs de ces trois néonics, avec pour seule exception les usages en serres, à condition que graines et plantes ne quittent pas leur abri fermé. Seize des vingt-huit Etats, soit 76%, ont donné leur feu vert : France, Royaume-Uni, Slovénie, Allemagne, Malte, Autriche, Pays-Bas, Suède, Chypre, Luxembourg, Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Estonie et Espagne.

Or jusqu’au dernier moment, il n’était pas acquis du tout que l’Espagne et le Portugal choisissent de bannir les trois néonics. «Le lobby qui a le plus pesé contre leur interdiction est celui des betteraviers, il a réussi à influencer le vote de pays comme la Tchéquie qui a voté contre, ou de la Pologne et de la Belgique, qui se sont abstenues. Or l’Espagne, bien que première consommatrice de pesticides en Europe, est moins concernée par la culture des betteraves, ce qui a naturellement joué», analyse l’eurodéputé français Eric Andrieu. Président de la commission pesticides du Parlement européen et porte-parole des sociaux-démocrates européens pour l’agriculture, celui-ci a beaucoup œuvré ces derniers mois pour cette interdiction, mais estime aussi que la mobilisation des ONG et des apiculteurs a payé. Et de se féliciter : «Quand on sait que les abeilles pollinisent 84% des cultures européennes et 4 000 variétés de végétaux et que [leur] taux de mortalité atteint les 80% dans certaines régions d’Europe, ce vote était essentiel pour l’avenir de la biodiversité et notre agriculture.» Le commissaire à la Santé et la Sécurité alimentaire Vytenis Andriukaitis s’est aussi réjoui du soutien des Etats à la proposition de Bruxelles.

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Source : LIBERATION.FR – 27 avril 2018

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