Sans la biodiversité, l’homme est menacé

Grands mammifères africains en danger, coraux menacés, poissons ou forêts surexploités… l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) alerte dans 4 rapports sur la dégradation de la biodiversité à la surface de la Terre.

«Si nous continuons ainsi, oui, la sixième extinction, la première causée par les humains, va se produire», explique Robert Watson, professeur à l’université d’East Anglia (Grande-Bretagne) et président de l’IPBES (plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques). Une plateforme qui est à la biodiversité ce que le GIEC est au climat: un organisme intergouvernemental (127 états membres en 2017, 195 pour le GIEC) placé sous l’égide de l’ONU. Mais qui est beaucoup plus récente et commence tout juste à faire entendre sa voix sur la scène internationale.

Actuellement réunis à Medelin en Colombie, les experts de l’IPBES ont dévoilé ce vendredi 23 mars, des rapports qui, pour la première fois, dressent un état des lieux de la biodiversité de quatre grandes régions du monde: Amérique, Afrique, Asie Pacifique et enfin Europe, Asie centrale. Quelque 750 chercheurs de tous les pays parties prenantes de l’IPBES ont donc travaillé bénévolement ces trois dernières années pour établir des évaluations à partir de la littérature scientifique, passant en revue pas moins de 10.000 publications. Toute la surface de la Terre hormis les eaux internationales des océans et l’Antarctique sont concernés.

Le résultat n’est donc guère encourageant: «La diversité des formes de vie sur terre continue de décliner significativement dans l’ensemble des régions du monde réduisant ainsi la capacité de la Nature à contribuer au bien-être des peuples», expliquent les rapports. «Cette tendance alarmiste met en danger l’économie, les modes de vie, la sécurité alimentaire et la qualité de vie partout dans le monde».
Du côté de la faune, la situation est très préoccupante. En moyenne, deux espèces de vertébrés ont disparu chaque année depuis un siècle. Et si l’on ne s’intéresse qu’à la mégafaune, autrement dit à la centaine d’espèces dont les individus pèsent au moins 15 kilos pour les carnivores et plus de 100 kilos pour les herbivores, trois cinquième sont classés comme menacées par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) dont plus d’une dizaine entre dans la catégorie en «danger critique» ou «éteinte à l’état sauvage». En Afrique, la moitié des mammifères sera perdue d’ici 2100», précise le rapport concernant ce continent. La disparition cette semaine du dernier mâle rhinocéros blanc du Kenya est à ce titre exemplaire. Tous ces grands animaux, qu’il s’agisse également des éléphants, des lions, des tigres, des antilopes ou encore des gorilles sont pourtant les symboles extraordinaires de cette biodiversité qui nous est indispensable.

«Trop de gens pensent encore que l’environnement est un luxe. Mais ce n’est pas le cas!», a déploré Robert Watson, en faisant le lien entre «biodiversité et changement climatique que nous devons considérer ensemble». Plus près de nous, dans le rapport Europe, Asie centrale, «la population de la région consomme plus de ressources naturelles renouvelables que ce qu’elle produit», précise le professeur suisse Markus Fischer, l’un des deux scientifiques en charge de la mise en forme du rapport.
Les rapports de l’IPBES veulent malgré tout montrer qu’il y a des raisons d’espérer. Il existe des pistes pour minimiser les impacts des activités humaines sur l’environnement. Il est possible de lutter en prenant en compte «la biodiversité dans notre façon de gérer l’agriculture, la pêche, la forêt et la terre», explique encore le président de l’IPBES, conscient que la population mondiale va continuer à croître, donc ses besoins aussi. «Le monde gaspille environ 40% de la nourriture qu’il produit (…) Si nous pouvions réduire le gaspillage de nourriture, nous n’aurons pas nécessairement à doubler sa production dans les 50 prochaines années», a-t-il suggéré.

Source : LE FIGARO – 23 mars 2018

Articles connexes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s