La ressource en eau à Comines-Warneton

Par Philippe Mouton

Quelques pistes de réflexion sur la gestion des sécheresses récurrentes dans nos régions.

L’eau de la Lys est retenue.
Il faut observer ce qui se trouve à notre portée pour admettre quelques constats de base et ébaucher des solutions. Il n’y a aucune profusion d’eau dans la Lys. Même si on voit beaucoup d’eau, on remarque vite qu’elle coule à peine. C’est le système d’écluses barragées qui retient l’eau artificiellement et lui seul. S’il n’y avait pas ces écluses et leurs barrages, il y aurait beaucoup moins d’eau dans la rivière. Pour la Lys, il y a de grandes différences de débit entre les périodes de crues et celles d’étiage. L’été est la période d’étiage normale.

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Bras mort de la Lys à Warneton – Photo : Patrick Maton (août 2017)

Reproduire à l’échelle locale ce qui existe dans l’ensemble de la vallée de la Lys.
Ce que l’on voit en grand dans la vallée de la Lys, il faudrait pouvoir le reproduire à petite échelle dans les petits bassins qui alimentent la rivière.
Le principe de ralentir le flux vers la rivière et d’en retenir une partie solutionnerait certains problèmes de sécheresse mais pas tous. Des intercommunales comme Ipalle préconisent cela pour limiter les inondations. Pourquoi ne pas songer à des moyens de retenir une partie de l’eau des crues et la stocker en des lieux adéquats pour s’abriter des sécheresses, cela se fait déjà en beaucoup d’endroits. Les bassins d’orage des zones industrielles pourraient aussi devenir des réserves d’eau pour l’agriculture.
Tout cela doit être considéré dans étude approfondie.

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Une prairie brûlée par le soleil. Le niveau de la mare est anormalement bas. Photo : Philippe Mouton (juillet 2018)

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Mare asséchée au cimetière de Prowse Point – Photo : Philippe Mouton (juillet 2018)

L’histoire nous renseigne sur l’exploitation des ruisseaux.
Les cartes anciennes de la région signalent des retenues d’eau à Warneton sur la Douve, sur des affluents du Kortekeer dans les bois de Zandvoorde et même sur la Geluveldbeek entre Zandvoorde et la rue Chapelle d’épines. Les sites fossoyés étaient typiques des régions comme la nôtre, certains servent toujours de réserve d’eau pour plusieurs agriculteurs de la région. Les fossés, les ruisseaux de troisième et de seconde catégorie ne servent aujourd’hui qu’à l’évacuation la plus rapide possible des eaux pluviales. L’histoire nous enseigne qu’une méticuleuse exploitation des petits cours d’eau apportait de nombreuses ressources pour l’énergie, le stockage de l’eau et la diversification de l’agriculture et de l’élevage.

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Ici la Douve à Warneton. Douves du Château et bassin de retenue(en haut à gauche) pour l’alimentation des moulins. Le creux de la vallée est destiné à l’élevage. Carte de Sanderus Warneton (17ème siècle). 

L’eau des pluies s’écoule trop vite.
On voit une noria de tracteurs avec des citernes qui viennent chercher l’eau qui ne se trouve pas ou plus à proximité des champs. S’il fallait essayer de trouver des solutions on devrait peut-être observer les champs et la campagne pour commencer.
Souvent, les champs sont drainés, les drains aboutissent dans des fossés qui alimentent les ruisseaux et ceux-ci alimentent la Lys. Tout est fait pour obtenir l’écoulement le plus rapide possible de l’eau afin de s’en débarrasser au plus vite. La vitesse du flux occasionne un énorme problème d’érosion des sols, la nécessité de dragage de la Lys voire des problèmes d’inondation. Cette eau qui à certains moments est indésirable devient vitale à d’autres moments et il faut aller la chercher au loin à grands frais. Ce n’est pas parce qu’on l’a toujours fait qu’on doit continuer à le faire sans réfléchir et ne pas songer à faire différemment et mieux. Cela peut paraître prétentieux de le dire, mais nous serons tous confrontés à des dérèglements du climat et à des carences en eau.

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La couleur de l’eau est brun-jaune car chargée de limon.  Le Pont Mallet sur le Kortekeer à Houthem – 5 mars 2012.

Une concertation utile.
Vu notre proximité avec la Flandre et la France, la concertation sur des thèmes par nature transfrontaliers m’apparaît comme indispensable. Les principaux ruisseaux qui alimentent la Lys à Comines-Warneton viennent de Flandre Occidentale, ce qui est une notable exception pour l’ensemble de la Belgique. La Lys elle-même a parcouru 80 km en France dans une plaine d’agriculture intensive avant de devenir mitoyenne de la France et de la Belgique. La mitoyenneté étant partagée entre le Hainaut et la West-Vlaanderen entre Houplines et Menen. Avec toujours l’ancien cours qui tient lieu de frontière, ce qui fait que des îlots belges et français subsistent de part et d’autres du nouveau tracé de la rivière. La métropole lilloise a un énorme besoin de gérer l’eau.

L’importance de préserver les derniers milieux marécageux.
Entre temps, les milieux agricoles sont impactés par le manque d’eau. Se pose le problème de savoir comment stocker l’eau dans la campagne de manière pratique et efficace afin d’éviter du charroi. Plusieurs agriculteurs ont approfondi leurs mares. Cela maintient aussi la biodiversité indispensable à la pollinisation pour les fruitiers et de nombreuses sortes de légumes …. La protection les derniers milieux naturels qui assainissent, retiennent l’eau et la laisse percoler dans les nappes phréatiques et les approvisionnent trouve ici tout son intérêt. De plus terres situées le long des cours d’eau ont l’avantage de garder une humidité tout au long de l’année.

Avenir et climat ?
Lors de la présentation du projet Linbatys à Comines-Warneton, au printemps de cette année, il était question de présenter des projets et des principes afin de gérer les inondations qui ont fortement impacté la région ces dernières années. Ce projet Interreg associant la France, la Flandre et la Wallonie va coûter plus de 3,2 millions d’euros et sera financé avec des fonds européens. A la fin des exposés, j’ai eu la joie de pouvoir m’entretenir avec un responsable du SPW. Je n’oublierai jamais ses paroles «Je crains que nous ayons à l’avenir plus de problèmes avec les sécheresses qu’avec les inondations».
En conséquences des dérèglements climatiques étudiés l’eau sera peut-être partagée avec plus de parcimonie ou moins d’insouciance selon la météo.

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