Finance verte, un simple effet d’annonce?

Par Valérie Paternotte et Julien Collinet

Lancée mi-février, ma première obligation verte belge laissait entrevoir une volonté de l’Etat à s’engager dans la lutte contre le changement climatique. Sauf que celle-ci pourrait ressembler à s’y méprendre à une coquille vide. Explications.

En novembre dernier, lors du très médiatique sommet sur le climat, le Premier ministre annonçait le lancement d’une obligation verte d’Etat. L’annonce représentait alors pour Charles Michel une démarche vertueuse permettant de financer en Belgique des projets concrets pour l’environnement, déclarait-il au micro de la RTBF.

Fin février dernier, quelques jours après l’émission de l’obligation, l’Agence fédérale de la Dette s’enorgueillissait, elle, du succès de cette obligation verte, avec près de 5,5 milliards de dollars (soit 4,5 milliards €) récoltés, le tout appuyé par deux grandes institutions bancaires : BNP Parobas Fortis et le Crédit agricole français.

Les obligations vertes, à l’image des obligations d’Etat, sont des titres de dette émis par un pays (en soit, un prêt) mais à la différence que l’argent récolté doit servir à financer des projets définis, générant un bénéfice environnemental direct.

Il est bon de se réjouir de voir la Belgique se présenter comme l’un des pionniers en la matière, seule la France en Europe, a pour l’instant émis ce type d’obligation afin de diriger des capitaux vers des projets en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Par ailleurs, le Service changements climatiques belge s’engage à évaluer et sélectionner en profondeur, en termes d’impact sur l’environnement et sur le changement climatique les projets financés par l’argent récolté. Ceci pourrait dès lors permettre de mettre en avant les investissements publiques ayant un impact positif direct sur l’environnement. Sont retenus : les transport en commun, l’efficacité énergétique, l’énergie renouvelable, l’économie circulaire et la biodiversité.

Simple greenwashing1 ?

Sauf que malheureusement, au-delà de ces grandes annonces, il s’avère que les projets retenus manquent cruellement d’ambition. Cette nouvelle obligation n’a en effet nullement la prétention d’attirer de nouveaux capitaux pour le financement de la transition énergétique puisqu’elle se contente de requalifier de « vertes » des dépenses passées ou prévues de longue date. De l’aveu du Ministre des Finances lui-même, il s’agit ici de financer des dépenses soit déjà effectuées (en 2017), soit qui étaient prévues et auraient de toute façon été réalisées. On voit mal la démarche faite en faveur de l’environnement…

L’argent sera ainsi dirigé avant tout vers des dépenses de rénovation et développement du secteur ferroviaire, notamment la réalisation du RER, ou l’achat de nouveaux trains. Retenons aussi le financement du programme de recherche d’observation de la Terre « Stereo » ou le navire océanographique Belgica, mais dont les budgets sont de moindre ampleur et prévus depuis longtemps.

Et surtout, que représentent ces 5,5 milliards $? Au-delà d’effectuer la comparaison avec d’autres dépenses de l’Etat – le renouvellement des avions de guerre F16, par exemple qui coûteraient 6,5 milliards $ selon le département d’Etat américain -, quels sont les besoins nécessaires pour financer la transition écologique? L’ONG Finance Watch parle à terme d’une centaine de milliers de milliards (de dollars) pour aider les pays les plus vulnérables à faire face aux changements climatiques et plus généralement pour modifier les systèmes de production et de consommation. Ramené sur une base annuelle, ce montant s’élèverait à environ 6.000 milliards $.

Ces montants peuvent paraître colossaux… sauf que, à elles seules, les banques européennes consacrent environ 70% de leurs activités soit plus de 33.000 milliards $ à des activités de marchés qui ne servent, eux, ni l’économie réelle, ni les sociétés.

Source FINANCITE MAGAZINE n°49 – Mars 2018

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Notes :

  1. Greenwashing : anglicisme qui sert à désigner les pratiques consistant à utiliser abusivement un positionnement ou des pratiques écologiques à des fins marketing. Le greenwashing peut par exemple se faire par des publicités trompeuses ou par le fait d’arborer des « labels verts maison » non officiels.
    La limite entre le greenwashing et une argumentation légitime ou une pratique citoyenne louable est parfois floue et subjective. Au delà du problème éthique soulevé par la pratique, le greenwashing est susceptible de provoquer des détournements publicitaires.

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