L’écologie réformiste, greenwashing politique

Par Pierre Titeux

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Qui peut se prétendre vraiment étonné.e par la démission de Nicolas Hulot ? Qui croyait sincèrement en la possibilité d’une autre issue ? Qui espérait réellement que l’homme pourrait faire bouger les lignes et initier des changements à la hauteur des enjeux ? Les divergences idéologiques – non, ce n’est pas un gros mot – entre Emmanuel Macron et son (ex) Ministre de la transition écologique et solidaire apparaissaient telles que leur cohabitation politique ne pouvait être que la chronique d’une démission annoncée.

La véritable surprise, c’est que celui qui, à la veille de l’élection présidentielle, déclarait «mon inquiétude vient du fait que l’on n’a pas été au bout de l’analyse critique du modèle économique dominant en Europe et dans le monde. Une mondialisation qui nous a échappé, qui épuise nos ressources, concentre les richesses et ne partage pas. Le personnel politique n’a pas profité de cette campagne pour prendre acte que ce modèle était à bout de souffle et qu’on ne pouvait pas s’en accommoder» [1] ait pu voir dans le programme économique du président En Marche autre chose que la perpétuation voire le renforcement dudit modèle. Comment, après avoir estimé que «le juge de paix, ce sera l’architecture gouvernementale. Est-ce que l’environnement sera une fois de plus un ministère parmi d’autres ? Est-ce que ce sera encore Bercy qui donnera le tempo ou une organisation qui permettra à l’écologie d’être le prisme par lequel sera définie la politique gouvernementale ?» [2], a-t-il pu rallier un gouvernement conduit par une personnalité d’évidence aussi sensible à l’environnement qu’un boucher-charcutier peut l’être à la cuisine vegan ? Le choix de ce premier ministre, ancien lobbyiste en chef d’AREVA, fleuron du nucléaire français, parlementaire opposé aux lois «Sur la transition énergétique pour la croissance verte» et «Pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages», maire ayant bataillé contre la fermeture de la centrale à charbon de sa ville, laissait pourtant peu de doute quant à «l’architecture gouvernementale» dessinée par le jupitérien chef de l’Etat.
Comprenne qui pourra…

Peut-être était-ce là le sursaut un brin bravache d’un homme lassé des procès en pusillanimité qui lui furent intentés après ses refus de rejoindre l’exécutif des présidents Chirac, Sarkozy et Hollande.
Jusqu’alors, il avait écouté la petite voix qui, au fond de sa raison, lui murmurait que le chantier était trop vaste, le temps trop court, les conditions trop mauvaises ; qu’il n’y arriverait pas, qu’on n’y arriverait pas et qu’il ne devait pas tuer les illusions en se confrontant à un inéluctable échec. Mais ç’en était fini des reculades. Cette fois, il avait décidé de monter au front. Sans doute ne croyait-il pas davantage en la victoire mais c’était ça ou céder à la résignation. Au moins, il aurait tout tenté pour éviter le désastre qui vient. Et si l’aventure tournait mal, sa faillite ferait la preuve de l’incapacité collective à remettre en cause un mode de vie qui nous étouffe lentement mais sûrement.

Quoi qu’il en soit, il fallait à Nicolas Hulot une sacrée dose d’optimisme et un fameux pouvoir d’auto-persuasion pour s’aventurer dans cette galère tant on y devinait la claque qui guette au coin des illusions. Et ça n’a pas manqué. Après quinze mois de combat contre les spadassins du business as usual, il en a eu marre d’encaisser claques, torgnoles, soufflets, crochets et uppercuts. Groggy, il a jeté le gant.

L’échec de Hulot en témoigne : un ministre aussi compétent et volontariste soit-il ne peut rien seul contre tous. Il doit a minima disposer d’un soutien populaire fort et idéalement d’un consensus politique solide. Or, comme il en fit lui-même l’amer constat en questionnant «Où sont mes troupes ?» [3], le Ministre Hulot ne disposait ni de l’un ni de l’autre. On se plaît dans certains milieux à opposer l’immobilisme de politiques bornés aux aspirations d’une population prête au(x) changement(s) mais la réalité apparaît bien plus complexe.

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Source : FEDERATION INTER-ENVIRONNEMENT WALLONIE – 26 septembre 2018

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