Changement climatique : «Les autres combats n’ont aucun sens si celui-là est perdu»

Par Laure Equy et Coralie Schaub

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Aurélien Barrau lors d’une conférence à l’IHÉS (Paris) – Photo: Wikipedia

Aurélien Barrau, astrophysicien, a enflammé les réseaux sociaux avec un discours lucide et saisissant sur le réchauffement et la responsabilité de l’humanité dans sa propre destruction.

Début septembre, Aurélien Barrau, 45 ans, astrophysicien à l’université Grenoble-Alpes, lançait avec l’actrice Juliette Binoche un appel pour une action politique «ferme et immédiate» face au changement climatique, signé par 200 personnalités et publié en une du Monde. Quelques jours plus tard, invité du festival Climax, à l’Ecosystème Darwin, à Bordeaux, il enfonçait le clou, avec un discours limpide et percutant qui a enflammé les réseaux sociaux – vu près de 4 millions de fois sur Facebook. Devenu malgré lui une figure médiatique, il souhaite désormais «retourner à ses recherches».

Vous n’êtes ni climatologue ni spécialiste de la biodiversité. Qu’est-ce qui vous a amené à sonner l’alerte sur l’écologie ?
Je n’ai pas de compétence particulière dans ce domaine et je ne masque pas cette ignorance. C’est un cri d’alarme que je pousse en tant que citoyen, en tant que vivant. Mais comme scientifique je sais néanmoins deux choses : d’abord qu’une croissance exponentielle, dans un monde de taille finie, est impossible durablement, et ensuite que si les prédictions climatiques ont pu être un peu aléatoires, elles sont désormais extrêmement fiables. Il est aujourd’hui impossible d’être climatosceptique.

Vous parlez de «crash du système planétaire», d’«atrophie des espaces de vie». Même de «fin du monde»…
En tant qu’astrophysicien, je peux confirmer que la Terre continuera de tourner autour du Soleil. L’expression semble donc exagérée. Mais quelle est la spécificité de notre monde ? C’est cette richesse du vivant, cet équilibre subtil et fragile gagné après des millions d’années d’évolution. Si notre planète se dépeuplait de l’essentiel des vivants, en quoi serait-elle encore miraculeuse, merveilleuse, magique ? En quoi mériterait-elle encore d’être sauvée ? Voilà pourquoi je crois qu’on peut parler de fin possible du monde.

Votre constat rejoint celui du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, selon lequel le monde a deux ans pour agir contre le changement climatique sauf à affronter des «conséquences désastreuses». N’est-il pas déjà trop tard ?
Il est trop tard pour que rien de grave n’ait lieu. On le voit déjà : 60 % des populations de vertébrés ont disparu en quarante ans. L’Europe a perdu, en trente ans, plus de 400 millions d’oiseaux et 80 % des insectes volants. Et au niveau humain, on commence déjà à observer des déplacés climatiques et des pandémies. La catastrophe a déjà lieu. En ce sens, c’est vrai, il est trop tard. Mais ça pourrait être bien pire. Dans un système aussi complexe que la Terre, il y a des paliers. Ce que met en exergue l’ONU, c’est que si on ne fait rien de drastique d’ici quelques années, on passera un palier. Ensuite, même si on est exemplaire, il faudra des temps gigantesques pour inverser la tendance.

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Source : LIBERATION.FR – 2 octobre 2018

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