Où sont passés les oiseaux des champs?

Par Laurianne Geffroy

L’alouette des champs ou la linotte mélodieuse font traditionnellement résonner leur chant dans les campagnes françaises. Mais pour combien de temps encore ? Deux études récentes dressent un constat alarmant : les populations d’oiseaux vivant en milieu agricole ont perdu un tiers de leurs effectifs en 17 ans.

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En France, le nombre de pipits farlouses, des passereaux qui se nourrissent d’invertébrés, a diminué de 68 % en 17 ans.

« Nous pulvérisons les ormes, et aux printemps suivants nul merle ne chante, s’alarmait l’écologiste américaine Rachel Carson en 1962 alors que le DDT, un puissant insecticide, décimait les populations d’oiseaux aux États-Unis, non qu’ils aient été touchés directement mais parce que le poison a fait son chemin, pas à pas, de la feuille de l’orme au ver, puis du ver au merle ». Depuis, la responsabilité du DDT dans la mortalité accrue des oiseaux a été démontrée et le « poison » interdit dans de nombreux pays. Mais le problème est loin d’être réglé.

Toutes les espèces sont concernées

Les études pointant du doigt les effets de l’agriculture intensive et de l’utilisation massive de pesticides sur la biodiversité se multiplient. Deux d’entre elles, menées récemment par le Muséum national d’histoire naturelle sur tout le territoire français et par le CNRS à l’échelle locale, présentent à leur tour un bilan inquiétant : en 17 ans, un tiers des oiseaux ont disparu des campagnes françaises.

« La situation est catastrophique, se désole Benoît Fontaine, biologiste de la conservation au Centre d’écologie et des sciences de la conservation (Cesco) du Muséum national d’histoire naturelle. Nos campagnes sont en train de devenir de véritables déserts. » « Les populations d’oiseaux s’effondrent littéralement dans les plaines céréalières, et cela concerne toutes les espèces, renchérit Vincent Bretagnolle, écologue au Centre d’études biologiques de Chizé et directeur de la zone atelier « Plaine et val de Sèvre »Les perdrix se sont presque éteintes de notre zone d’étude…

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Vandana Shiva : « Les pesticides sont le poison de l’agriculture »

En plein salon de l’agriculture (à Paris jusqu’au 4 mars), Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, syndicat majoritaire, a déclaré lundi 26 février que « Zéro phyto [zéro produit phytosanitaire – ndlr] pour l’agriculture n’est pas possible, comme zéro médicament n’est pas possible non plus pour la population ». Si son organisation accepte de réduire l’usage des pesticides et des engrais, elle refuse de s’en passer totalement. Alors que la France se fixe pour objectif de sortir d’ici trois ans du glyphosate, l’herbicide commercialisé par Monsanto sous le nom de Roundup, la FNSEA estime ce délai trop court. Emmanuel Macron a été vivement interpellé lors de sa visite du salon de l’agriculture, samedi 24 février, sur le sujet.

Source : MEDIAPART.FR – 27 février 2018

La biodiversité, qu’est-ce que c’est ?

Le terme « biodiversité » est utilisé pour désigner la diversité biologique du monde vivant (faune, flore, écosystèmes…). Une définition officielle a été donnée en 1992, dans le cadre du sommet de la Terre de Rio de Janeiro, durant lequel fut signée la Convention sur la diversité biologique. Ce texte fondateur décrit la biodiversité comme « la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes ».

La biodiversité est-elle en danger ?

Oui. La pression humaine (urbanisation, déforestation, agriculture intensive…) dégrade des milieux qui constituent l’habitat naturel de nombreuses espèces. C’est le cas des forêts tropicales, qui abritent 50% des espèces animales et végétales existantes, mais aussi des mangroves ou des marais. Autre menace qui pèse sur la biodiversité : le développement des espèces invasives, comme le ragondin et la bernache.

La biodiversité en un chiffre

40% : pourcentage d’espèces qui pourraient disparaître d’ici à une cinquantaine d’années, selon une étude publiée en 2008 par la Société zoologique de Londres.

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Quand le productivisme nuit à l’agriculture

Par Laure Cailloce

Vincent Bretagnolle étudie les alternatives à l’agriculture intensive sur les 450 kilomètres carrés d’une zone agricole située au sud de Niort. Il explique à CNRS Le journal comment un moindre recours aux pesticides augmente les revenus des agriculteurs sans affecter leur production.

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L’utilisation massive de produits phytosanitaires pèse sur le budget des agriculteurs sans réel impact sur les rendements, selon les chercheurs qui travaillent avec les agriculteurs de la zone atelier de Chizé (Deux-Sèvres).

Conduire des expérimentations sur un territoire de 450 kilomètres carrés, comme vous le faites dans la zone atelier de Chizé, ce n’est pas banal. Pouvez-vous nous expliquer le principe de vos recherches ?

Vincent Bretagnolle : La zone atelier « Plaine et val de Sèvres » – c’est son nom officiel – a été créée en 1994 sur un constat : le modèle agricole productiviste est en bout de course. Il dégrade l’environnement et la biodiversité, a des conséquences délétères sur la santé humaine – au premier chef, sur celle des agriculteurs –, et n’est plus viable économiquement puisqu’on assiste à la baisse continue des revenus des mêmes agriculteurs. Face à ce constat, la question qui se pose est la suivante : quel modèle inventer pour l’agriculture de demain ? À Chizé, nous avons décidé d’explorer la piste de l’agroécologie, une agriculture durable qui utilise les ressources de la nature pour se développer. Mais, à la différence de la plupart des études basées sur des modèles théoriques ou menées dans des stations expérimentales hors-sol, nous testons toutes nos hypothèses en conditions réelles, grâce à la participation des agriculteurs : près de 200 exploitations ont ainsi accepté de collaborer ces dix dernières années.

À quoi ressemble votre zone d’étude, concrètement ?

V. B. : C’est une des grandes plaines céréalières de France où l’on cultive le blé, le colza, le tournesol, mais aussi le maïs ou la luzerne. Les terres y étant très pauvres, on y pratique encore beaucoup l’élevage, même si les prairies ont disparu au profit des stabulations, ces bâtiments où les animaux vivent à longueur d’année. 450 exploitations agricoles sont aujourd’hui présentes sur ce territoire, qui a la particularité d’être classé Natura 2000 du fait de la présence d’oiseaux protégés comme le busard ou l’outarde canepetière. On y trouve encore des haies, des petits bosquets, et quelques vignes dans le sud de la zone, mais ces éléments du paysage très prisés des insectes et des oiseaux disparaissent progressivement.

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Source : LEJOURNAL.CNRS.FR – 27 février 2018

En Suisse, les citoyens s’opposent à l’agriculture intensive

Par Mathilde Sallé de Chou

En Suisse, l’agriculture intensive pourrait bien disparaître dans les années à venir. C’est en tout cas le sens de cette initiative citoyenne. Explications.

Voilà un exemple de démocratie participative inspirant.

En Suisse, l’initiative populaire fédérale est un droit civique qui permet aux citoyens de proposer une modification totale ou partielle de la Constitution. Pour ce faire, il faut réunir le soutien d’au moins 100.000 citoyens ayant le droit de vote. C’est dans ce cadre que se sont exprimés nos voisins helvètes, déterminés à se battre « Pour une eau potable propre et une alimentation saine».

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Leur proposition : supprimer les subventions allouées aux exploitations qui utilisent des pesticides et des antibiotiques prophylactiques (préventifs) pour mettre un terme à une agriculture intensive. Soutenu par 114.420 citoyens, le projet de loi a été déposé à la Chancellerie fédérale le 18 janvier dernier.

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Flandres : ces terres françaises louées à prix d’or

Par Suzanne URGACZ

Le phénomène est flagrant le long de la frontière. Et pour cause, les Belges sont prêts à louer dix fois plus cher les terres agricoles. Certains Nordistes cèdent…

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Warneton (B) – Un tracteur transportant des choux de Bruxelles provenant de France se dirige vers une exploitation belge…

L’origine du problème

«Je ne veux pas faire d’anti-Belge – on a tous un ancêtre flamand, surtout par chez nous –, mais ce que je peux dire, c’est que très peu de Français cultivent en Belgique en proportion !» C’est par cette phrase que Francis Vermersch, agriculteur retraité d’Uxem, président de la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles du Nord (FDSEA) et membre de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), évoque le phénomène qu’il connaît bien. Il est la résultante de plusieurs choses : le coût des terres en Belgique d’abord. Selon qu’on soit d’un côté ou de l’autre de la frontière, les prix flambent. «En France, un hectare se vend entre 15.000 et 18.000 euros. En Belgique, on est entre 50.000 et 70.000 euros ! Les Belges ont un peu de terrain autour de leur ferme, mais ils le consacrent à l’élevage. C’est difficile pour eux d’avoir une grosse exploitation agricole.» En France, 70 à 80 % des terres sont en fermage (contrat qui lie un propriétaire à un agriculteur), l’agriculteur est protégé par ce statut. Ce n’est pas le cas en Belgique où le fermage n’existe pas. Tous les ans, les sujets du royaume se mettent donc en quête de terre et sont prêts à payer le tarif appliqué chez eux mais pour la location : 1.000 à 1.500 euros par hectare et par an. « En France, le prix est de 150 euros…» D’où la tentation de certains propriétaires d’accueillir ces exilés agricoles. Et on touche la deuxième explication : les retraites des agriculteurs – 1.000 euros en moyenne par mois après 40 ans de labeur et de labour – les poussent à contractualiser avec les Belges pour mettre du beurre dans les épinards.

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Di Antonio: « L’exposition aux pesticides pourrait être plus importante que suspecté »

Belga

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« L’exposition aux pesticides pourrait être plus conséquente et généralisée que suspecté », affirme vendredi le ministre wallon de l’Environnement Carlo Di Antonio, qui annonce une étude pour en évaluer l’ampleur.

« Certaines questions restent en suspens et méritent d’obtenir au plus vite des réponses scientifiques pour valider les mesures de protection du public », indique le ministre cdH.

Il a confié une étude à l’échelle de la Wallonie à l’Institut scientifique de Service public (ISSeP), en collaboration avec le Centre wallon de recherches agronomiques (CRA-W) et la faculté universitaire Gembloux Agro-Bio Tech (ULg).

Cette étude sera menée à partir du printemps 2018. Des capteurs d’air et de projection seront installés en bordure de champs, dans des cours d’écoles ou autres sites publics à proximité de champs. Les capteurs seront placés à différentes distances, derrière des barrières physiques, lors de différentes conditions climatiques, afin de tenir compte du maximum de cas de figure.

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L’ampleur des inondations est accentuée par les mauvaises pratiques agricoles

Par Marie Astier et Émilie Massemin (Reporterre)

Après plusieurs jours de pluies torrentielles, les cours d’eau débordent et les inondations se multiplient. La faute aux éléments déchaînés? Pas seulement. Ce phénomène naturel est aggravé par des pratiques agricoles délétères pour les sols.

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Ça tombe, ça tombe, ça ne s’arrête plus. En trois jours, du dimanche 29 mai au mardi 1er juin, la Picardie, le bassin parisien et le nord de la région Centre ont reçu l’équivalent de deux mois de précipitations. A Paris, la pluviométrie a battu des records : lundi et mardi, il est tombé 61,3 millimètres d’eau, autant qu’en un mois entier! Les conséquences ne se sont pas fait attendre : le Loing et l’Yerres, deux affluents de la Seine, sont sortis de leurs lits. Le Grand et le Petit Morin, deux affluents de la Marne, débordent aussi. A Paris, la Seine pourrait monter jusqu’à un niveau compris entre 5,30 m et 5,90 m ce vendredi 3 juin. Plusieurs villes se sont retrouvées les pieds dans l’eau : c’est le cas de Nemours (Seine-et-Marne), où 3.000 habitants ont dû être évacués du centre-ville inondé, et de Montargis (Loiret), noyé sous 1,80 mètre d’eau jeudi matin 2 juin.

« Ce phénomène est avant tout un problème de précipitations, de pluies longues, qui durent et qui s’infiltrent dans le sol jusqu’à saturation », dit à Reporterre Ghislain de Marsily, hydrologue et professeur émérite à l’Université Pierre et Marie Curie et à l’École des Mines de Paris. Mais pourquoi les sols saturent-ils? Certes, ces pluies sont exceptionnelles mais, pour l’agronome Jacques Caplat, « la bétonisation, l’artificialisation des zones humides, la disparition des haies » aggravent la situation. Ce constat n’est pas nouveau, et a pu être fait à propos des inondations dans le Var, ou en qui concerne les zones humides« Mais ce dont on parle très peu et qui me semble très important, c’est l’appauvrissement des sols agricoles », nous dit Jacques Caplat.

Un sol en bon état est riche en matières organiques, c’est-à-dire en petites racines, en petites bêtes et en particulier en vers de terre qui creusent des galeries. Le sol est alors poreux, plein de petits trous, qui lui permettent d’absorber l’eau. « Marcel Bouché, un agronome qui avait fait des études sur les infiltrations d’eau, a montré qu’un sol vivant pouvait absorber jusqu’à 300 millimètres d’eau par heure! C’est beaucoup plus que ce qui est tombé ces jours-ci. A titre de comparaison, un orage méditerranéen violent, c’est 150 millimètres d’eau par heure », indique notre expert agricole.

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Les zones humides : des réservoirs de biodiversité à préserver

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Crue de la Lys débordant sur les prairies humides du Pont Rouge à Warneton (B).

À l’occasion du prochain rapport de l’IPBES sur l’état de la biodiversité en Europe et en Asie Centrale, la FRB (Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité) donne chaque mois jusqu’à la sortie du rapport.
La parole à des chercheurs spécialistes de différents écosystèmes (marin, forestier, d’eau douce…) et de disciplines comme le droit, l’économie et la biologie de la conservation. Autant de domaines qui offrent chacun un éclairage précis sur les enjeux actuels pour la biodiversité en Europe.

Interview de Pierre Caessteker, chargé de mission zones humides à l’AFB

Dans le monde, 64 % des zones humides ont disparu depuis le début du XXe siècle.
Si les grands projets d’infrastructures et d’urbanisation ainsi que l’intensification de l’agriculture ont conduit à l’assèchement de ces zones, nos sociétés prennent aujourd’hui un peu plus conscience de la nécessité de les préserver. Ainsi, 74 % des Français se sont montrés favorables à l’abandon du projet d’aéroport à NotreDame-des-Landes, situé sur une zone humide. A l’occasion de la journée mondiale des zones humides et en lien avec le prochain rapport de l’IPBES sur l’état de la biodiversité en Europe, Pierre Caessteker, chargé de mission à l’Agence française pour la biodiversité (AFB), revient sur les effets bénéfiques de ces écosystèmes, essentiels au cycle de l’eau et à la biodiversité.

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Soigneurs de terres, le choix de l’agro-écologie

De la forêt aux couverts végétaux : une nouvelle agriculture avec Claude et Lydia Bourguignon, Stéphane Le Foll et Jean-Christophe Bady, paysan bio agroforestier dans le Gers. Extrait de « Soigneurs de terre », diffusion France 2, le 31 janvier 2016.

Soixante-dix ans d’agriculture industrielle intensive ont épuisé les sols français. Les rendements baissent et les bonnes terres réduisent comme peau de chagrin. Produits chimiques à gogo et labours agressifs les font disparaître hectare après hectare. Et si la France, vieux pays agricole, se couvrait de champs devenus infertiles dans le prochain quart de siècle ?

La valeur nutritionnelle des fruits, légumes et céréales diminue au fil des traitements à répétition qui leur sont infligés au nom de la productivité et de la rentabilité. Et si la culture paysanne et les pouvoirs publics, contre l’avis de puissants lobbies, changeaient en profondeur pour mettre un terme à ce désastre agricole, sanitaire et environnemental ? Certains pionniers sont déjà au travail pour inverser la tendance.

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